Le Québec centralise l’achat des médicaments

Par crainte d’une pénurie, le gouvernement centralise l’achat de médicaments et est à la recherche de produits pouvant remplacer certain un anesthésique très utilisé.

« La situation des masques N95 s’est un peu améliorée », estime Québec, ce qui permettra finalement de réaliser « quelques » opérations semi-urgentes en oncologie au cours de la semaine. Il avait décrété le report de toutes les opérations non urgentes en raison de la pandémie.

La Presse révélait samedi que Québec avait envoyé des consignes aux médecins et aux pharmaciens pour ménager les réserves de médicaments, dont le propofol. Ce dernier est largement utilisé en anesthésie et donc utile pour soigner les malades souffrant de la COVID-19.

« Nous risquons de nous trouver en pénurie mondiale de propofol. Dans un contexte où nous sommes à risque d’avoir un besoin accru de cette molécule, nous vous demandons d’utiliser celle-ci avec le plus de parcimonie possible », peut-on lire dans la note de service.

Le président de la Société des intensivistes du Québec, le Dr Germain Poirier, indiquait à propos du propofol qu’« aujourd’hui, on n’en manque pas », mais disait ignorer si les réserves seraient suffisantes « dans une semaine ou deux ».

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, n’a pas été en mesure de préciser l’état des réserves de propofol, samedi. Elle a promis un état de situation au cours des prochains jours. Elle a toutefois indiqué que le gouvernement cherchait des solutions de rechange.

« On a un travail qui se fait actuellement et on va regarder des médicaments qui peuvent être utilisés en substitution de certains médicaments comme le propofol […], même des anciens médicaments qu’on utilisait dans le passé. »

— Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec 

Elle a évoqué qu’il y avait « probablement d’autres possibilités » auprès des fournisseurs, sans donner plus de précisions.

Elle a en outre appelé le réseau de la santé à être « très, très rigoureux dans l’usage de médicaments, dont le propofol ».

Comme il l’a déjà fait pour les équipements de protection tels les masques, Québec a décidé de centraliser l’achat de médicaments au ministère de la Santé. Ce ne sont plus les établissements qui s’approvisionnent directement auprès des fournisseurs. « Dans une situation d’urgence sanitaire, c’est ce qu’on fait pour vraiment avoir le plus de rigueur mais aussi d’équité possible », a expliqué Danielle McCann.

« Un peu améliorée »

Vendredi, le premier ministre François Legault a indiqué que le Québec avait des réserves de masques N95 pour huit jours. Sans préciser de nouveau délai, Mme McCann a soutenu samedi que « la situation des masques s’est un peu améliorée ».

Par conséquent, « on va être capables, la semaine prochaine, d’ouvrir quelques jours pour des interventions semi-urgentes, notamment en oncologie, dans toute la sphère du cancer ».

Rappelons que le gouvernement avait décidé de reporter toutes les opérations non urgentes. Ce délestage visait à préparer le réseau à une vague de malades atteints de la COVID-19. Des hôpitaux avaient donc annoncé aux patients le report d’opérations.

« J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui ont certaines problématiques, notamment un cancer, et qui attendent pour certaines interventions, a dit Mme McCann. C’est sûr que la situation maintenant nous permet de rouvrir un peu plus. »

Qui seront les heureux élus, ces « quelques cas semi-urgents » qui pourront être traités ? « Il y a tout un travail qui se fait dans les hôpitaux par des comités cliniques » et « des évaluations très, très rigoureuses » sont réalisées, a indiqué Mme McCann.

Des millions de masques en route

À Ottawa, Justin Trudeau a indiqué que le Canada attendait une cargaison de sept à huit millions de masques chirurgicaux en provenance de la Chine. « Dans les 48 prochaines heures, un avion-cargo nolisé arrivera avec à son bord des millions de masques », a affirmé le premier ministre lors de sa conférence de presse quotidienne à sa résidence. 

« Et à l’avenir, nous noliserons des vols de Cargojet et d’Air Canada, notamment, pour ramener du matériel ici », a-t-il poursuivi. Au moment où l’on écrivait ces lignes, samedi, les fournitures se trouvaient dans un entrepôt, prêtes à être expédiées, a précisé une source gouvernementale.

Justin Trudeau n’a pas annoncé de nouveau développement concernant le différend avec les États-Unis, qui ont frappé l’entreprise 3M d’une interdiction d’acheminer vers d’autres pays, dont le Canada, des masques N95. L’administration Trump a invoqué le Defense Production Act (DPA), une loi remontant à la guerre de Corée, afin de s’assurer que l’approvisionnement de cet équipement protecteur crucial pour les professionnels de la santé soit réservé aux Américains.

Après avoir qualifié cette décision d’« erreur », M. Trudeau a réitéré samedi que son gouvernement tâchait de convaincre la Maison-Blanche que le gel des exportations de matériel médical nuisait aux deux pays. 

« Que ce soit des médecins ou des infirmières qui travaillent le long de la frontière, que ce soit des produits comme des gants, comme des tests de dépistage que nous envoyons aux États-Unis, nos économies sont tellement connectées que ça ferait du mal à nos deux pays de bloquer ces chaînes d’approvisionnement. »

Ni lui ni Services publics et Approvisionnement Canada n’ont voulu préciser quel pourcentage des millions de masques récemment commandés devait venir des États-Unis. Et le premier ministre a refusé de dire si le Canada pourrait ou comptait riposter avec des mesures de représailles – Ottawa a un levier, en quelque sorte, puisque les Américains comptent sur la pâte à papier canadienne pour fabriquer les masques médicaux. Depuis le début de la crise, certaines usines canadiennes, notamment en Colombie-Britannique, tournent à plein régime pour satisfaire aux demandes de clients américains.

En conférence de presse à la Maison-Blanche, vendredi, Donald Trump a reconnu que la pilule avait été dure à avaler pour les pays concernés, et n’a affiché aucune intention de changer son fusil d’épaule. « Je ne leur en veux pas. Ils peuvent riposter s’ils le veulent », a-t-il déclaré en parlant de ces pays. « Nous sommes contrariés par 3M. Nous sommes contrariés », a ajouté le président des États-Unis, qui sont devenus le principal foyer de la pandémie à l’échelle mondiale.

Si M. Trump ne fait pas marche arrière, quel impact cela pourrait-il avoir sur l’approvisionnement au Canada ? Justin Trudeau n’a pas voulu répondre à cette question. Il a toutefois dit qu’à « moyen terme », on pourrait se tourner vers les industries canadiennes qui se sont mobilisées pour se mettre à la production de matériel médical, et qu’à « court terme », des livraisons en provenance d’autres pays seraient là pour fournir le nécessaire au réseau de la santé.

« Il y a une compétition globale assez féroce », a souligné Justin Trudeau derrière le lutrin installé devant sa résidence de Rideau Cottage. En date du 4 avril, il y avait plus de 300 000 cas de COVID-19 aux États-Unis. À l’échelle mondiale, on recensait 1,2 million de cas et près de 65 000 morts, selon les données du Center for Systems Science and Engineering de l’Université Johns Hopkins.

 

Merci la Presse